C'est un mercredi matin du mois de juillet 2005. Je reviens de trois semaines de vacances en France, Sébastien, mon DA, me dit : "Cet après-midi on est en casting, on fait les bars de danseuses."
Avant que je parte en vacances nous avions présenté la campagne "Rentrée" à Sylvain Beauregard, notre client chez Séries+. Ce fut un gros travail de le convaincre d'acheter le panneau Nip/Tuck, le plus osé et le meilleur de la série.
Voici la maquette :

Le budget était ridiculement petit, nous n'avions quasiment rien pour payer le photographe et les mannequins. Sébastien avait demandé à François Maisonneuve, un ami, de prendre les photos et de s'occuper de la retouche. Il fallait maintenant se débrouiller avec 100$ pour trouver des personnes pour poser.
Voilà pourquoi, encore sous l'effet du décalage horaire, je me retrouve à manger dans un buffet, au premier étage d'un bâtiment de la rue Ste Catherine plongé dans l'obscurité. Ce n'est pas une expérience culinaire mémorable et j'en déduis que les personnes qui fréquentent cet endroit n'y vont pas pour ça.
Nous faisons deux ou trois de ces endroits surchauffés avant d'arriver chez Paré où nous comptons bien dénicher notre perle.
Nous repérons une fille dont les arguments défient les lois de la pesanteur. Nous lui payons une danse, histoire de pouvoir lui présenter le projet tranquillement sans avoir un "doorman" sur le dos.
Isolés donc dans une pièce annexe, nous prenons place sur une banquette. Sébastien sort la maquette, nous lui expliquons le projet et notre intérêt pour la partie supérieure de son anatomie.
La "toune" qui jouait jusqu'à maintenant s'arrête. Un autre morceau s'enchaîne. Elle se lève comme un automate et commence à danser sur son tabouret. Elle se dandine et entame une descente de culotte.
Elle réalise soudainement en pointant du doigt son entrejambe : "C'est vrai, c'est pas ça que vous voulez voir !"
À suivre...
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Nous sommes rassurés, elle comprend vite.
Elle se rassoit. Sébastien et moi essayons de nous mettre d'accord sur le lauréat, en recherchant comme deux chirurgiens la moindre imperfection. D'accords sur celui de droite, nous lui présentons les termes du contrat : 100$ pour avoir la poitrine la plus vue de la rue Ste Catherine. Elle accepte avec une condition, la venue de son cheum à la prise de vue.
On se retrouve quelques jours plus tard dans la grande salle de réunion au fond de l'agence sur St Laurent.
Très professionnelle, Chanel (c'est son vrai nom) défait le nœud derrière sa nuque qui retient son haut et va se placer sous les éclairages. Tout le monde est en place, François prêt à shooter, Sébastien à la direction des opérations, Fanny et moi-même avec un réflecteur à la main et le copain, dans un coin, supervise le tout.
Nous prenons une pause pour vider la carte mémoire et nous assurer que le stock est bon. On se rend vite compte que le téton ne pointe pas assez. Il faudrait mettre de la glace pour que l'intégration avec le ballon soit plus réussie.
Un peu gênés nous lui exposons l'option glacée.
" Pas la peine ! " nous explique-t-elle en pinçant entre ses doigts l'objet de nos interrogations. En trois mouvements le voilà qui pointe vers le ciel comme pour ses 17 ans. Notre prise de vue peut reprendre.
Cela fait une bonne dizaine de minutes que la séance a repris lorsqu'on entend " Chanel ! ", nous nous retournons vers le cheum qui vient d'ouvrir la bouche pour la première fois. Il regarde sa copine en lui faisant le petit signe de pincement. Effectivement, il fallait remettre un coup. Il interviendra plusieurs fois avant la fin du shoot, toujours à bon escient.
